Mercredi 13 Avril 2011, 11h, à Sevran,
Nicolas Hulot déclare sa candidature à la présidentielle.
Edito de Dominique Martin Ferrari :
Bien sûr, il ne sera pas Président de la République et tous ceux
qui feront semblant de l’enfermer dans ce rôle, sont de biens
mauvais coucheurs. Il n’est pas là pour régler les contentieux
sur la retraite ou la sécurité sociale. Pourtant, on lui
demandera de le faire, et ce sera juste, parce qu’il est entré
dans l’arène et que c’est maintenant à lui de frotter ses idées
généreuses aux dures réalités. Il est parti pour autre chose :
ramener au noble fait politique toute une jeune génération
découragée par les querelles entre partis, et sans intérêt pour
les projets de société qu’on lui propose. Lui en propose-t-on
d’ailleurs ? Tous les discours ne tournent-ils pas seulement
autour de l’art d’accommoder les restes ?
Nicolas Hulot ne sera sans doute, dans l’histoire, qu’une petite
pierre qui tend à faire bouger les lignes. Mais réfléchissons à
l’impact de son discours, martelé durant toute l’année et dans
tous les médias, grâce au choix courageux qu’il vient de faire :
aller au charbon… Car il s’agit d’un choix courageux qui va
l’exposer à la critique facile : l’Oréal, EDF, TF1… oubliant
qu’il abandonne son émission, sa fondation, pour se mettre au
service de son engagement.
Que risquent les appareils ? D’abord, de prendre un sacré coup de
vieux. Ils nous promettent tous un monde reformulé dans le
creuset de la fin du 19ème. Nous ont-ils déjà expliqué que les
choix d’aujourd’hui seront déterminants pour notre futur proche
; qu’il fallait sortir d’un productivisme sans fin, et d’un
capitalisme ultralibéral ; que les lois humaines ne peuvent plus
s’affranchir des lois de la nature ; qu’il convient de faire le
choix d’une croissance qualitative et sélective ; qu’il faut
transformer toutes les volontés individuelles, dont on
culpabilise une génération, en énergie collective ; Comment
passer au futur qui se dessine, à une autre voie que celle de la
concurrence à outrance et du rapport de force permanent, sans
porter ces messages ? Boîte à "y'a qu’à" ? Peut-être, mais si
elle devenait la boîte à outils du futur ?
"Changeons de cap", dit-il.
"Mettons de la cohérence dans l’action publique en lui donnant un
sens". Remettre de l’humain partout, dans les choix de progrès,
dans l’inventivité mieux reconnue d’où qu’elle vienne,
"soustrayons à la cupidité, les biens communs". Qui, jusqu’à
présent, se préoccupe de cette question, en dehors d’une
littérature réservée, de quelques conventions internationales et
de quelques ONG poil à gratter !
"Dans le monde de la solidarité, récupérons les prérogatives
régaliennes et réinvestissons les espaces de pouvoir… L’Europe
est devenue notre biotope commun, notre référence et notre
fierté."
"Les élections présidentielles nous entraînent dans une dynamique
de changement… Cette dynamique est incompatible avec le pouvoir
en place et la majorité actuelle, et ne peut être un blanc seing
pour le centre. L’heure n’est plus au pacte mais au contrat
social."
Si ces quelques messages pouvaient faire qu’une partie des citoyens
français reprennent espoir et s’investissent pour construire
LEUR futur. Qu’ils se l’approprient, en définissent enfin leurs
nouvelles règles de gouvernance, au lieu de déléguer par
lassitude ; qu’une "génération Nicolas Hulot", qui a grandi avec
lui, commençant par protéger les dauphins avant de découvrir les
différences humaines et les autres peuples du monde, et avant
encore de découvrir que des inégalités existaient à la surface
du globe de manière criante et insupportable ; qu’aujourd’hui,
avec lui, elle mette la main à la pâte, avec les outils de débat
de sa génération, alors ces élections valent qu’on s’y
intéresse.
Vous ne voyez pas Nicolas Hulot Président de la République ? Moi
non plus, mais je ne n’y vois pas Eva Joly non plus ; ni bien
d’autres petits candidats qui s’agitent aujourd’hui. Quand
Coluche s’est présenté, personne n’y croyait ? Sa candidature de
témoignage a cependant eu plus de sens et de durabilité que bien
des petites candidatures à programmes négociables… Ses équipes
n’auront sans doute pas envie de le ramener à une candidature de
témoignage. Mais, n’oublions pas que sa profession est celle de
témoigner à défaut de gouverner. Et aujourd’hui, la politique
manque cruellement de témoins.
Et puis, après tout, il ouvre à nouveau la route à une troisième
force. S’il n’y arrive pas, ce sera quelqu’un d’autre.
L’essentiel est qu’il aura travaillé à réélargir le cercle de
l’écologie à tous ses courants jusqu’à, peut-être, permettre,
enfin, la réalisation de ce groupe parlementaire indépendant
entre les deux vieilles majorités ? Les Verts auront négocié
leurs députés en allégeance au PS ; l’ailleurs du terrain de
chasse de Hulot pourrait permettre de rameuter les forces qui
manquent encore à la création de ce groupe écolo. Aux familles
qui partagent une volonté commune de savoir vivre ensemble
ensuite...