La chronique de Loïc Chauveau
La loi «Grenelle 2 » est une boîte à outil, a coutume de dire
Jean-Louis Borloo. La boîte à outil contient sûrement un canif tant
les coups portés sur des volets essentiels du Grenelle de
l’environnement ont été nombreux lors de la navette parlementaire
qui va s’achever le 28 juin par un vote solennel du Parlement.
Quelques lobbies ont de quoi pavoiser. Celui des «Demeures et
châteaux» notamment. Dénoncé par le sénateur Bruno Sido, rapporteur
de la loi pour le Sénat, le groupe de pression des nobliots
réactionnaires propriétaires de vieilles pierres a été très écouté
par le député Patrick Ollier, rapporteur pour l’Assemblée Nationale.
Ils ont eu la peau des éoliennes, contre l’avis du Sénat et de la
Secrétaire d’État Chantal Jouanno. Désormais, les projets de parcs
éoliens devront comporter au moins cinq machines. Ils seront soumis
à autorisation administrative pour les mâts de plus de cinquante
mètres (c’est-à-dire tous) et ils devront être implantés à au moins
500 mètres de la plus proche habitation. Autant dire qu’il s’agit
d’un enterrement de première classe, «Demeures et châteaux» ayant
désormais toutes les armes juridiques pour flinguer le moindre
projet. Peu soucieux de cohérence, les parlementaires exigent aussi
du gouvernement qu’il remette dans trois ans un rapport d’évaluation
de la progression de l’éolien terrestre afin de vérifier que
l’objectif d’installation de 500 machines par an est bien rempli. Et
ce après avoir multiplié les obstacles à leur construction.
Ubuesque.
En pleine année de la biodiversité, le Parlement n’a pas craint non
plus d’affaiblir la «trame verte et bleue » de continuité des
milieux naturels face aux projets d’autoroutes ou de lignes de
train. Dans une première mouture, ces infrastructures devaient être
«compatibles » avec les schémas de cohérence écologique que les
Conseils Régionaux vont établir. Quelques débats plus tard, le mot
compatible s’est effacé. Désormais, l’État devra «prendre en compte»
ces schémas régionaux. Un net affaiblissement sémantique qui laisse
mal augurer de l’efficacité de la loi. Pas de doute : les lobbies
ont bien su trouver le canif dans la boîte à outil de Borloo.