La chronique de Loïc Chauveau
UNE DECISION STUPIDE
La décision du gouvernement d’imposer un moratoire de quatre mois
sur tout projet d’implantation d’énergie solaire sur le territoire
est d’une rare stupidité. Il fait songer à ces ânes qui, faute de
prendre une décision au milieu du gué, finissent par se noyer. Le
gouvernement Fillon a, par cette décision inepte, enterré le
Grenelle de l’Environnement -seule innovation politique majeure du
quinquennat Sarkozy-, tué des dizaines de petites entreprises (et
donc supprimé des milliers d’emplois) et enfin fait fuir les
investisseurs du secteur des énergies renouvelables.
Cette décision porte en effet en germe ces trois risques. Quatre
mois de moratoire pour de petites entreprises qui ne font que du
solaire et ne s’appuient pas sur un autre secteur du bâtiment, c’est
quatre mois d’inactivité et donc un arrêt de mort. Nous en verrons
les conséquences au printemps dans les tribunaux de commerce. Les
investisseurs, eux, auront compris le message : la France ne croit
pas sur le long terme au solaire. Plutôt que d’accompagner la montée
en puissance du photovoltaïque par un système souple et régulé des
tarifs d’incitation comme cela se fait en Allemagne, le gouvernement
préfère donner de gros coups d’accélérateurs suivis de violents
coups de frein. Le contraire d’une éco-conduite ! Les professionnels
du photovoltaïque ne sont pas sots. Ils ont bien vu que les tarifs
très avantageux de rachat du kilowatt solaire racheté par EDF
amenaient à une surchauffe et attiraient une faune d’investisseurs
plus intéressés par leur portefeuille que par le développement
durable. Ils réclament en vain depuis des mois une concertation pour
examiner la situation, trier le bon grain de l’ivraie, ramener les
aides et crédits d’impôts à des niveaux qui ne suscitent pas des
effets d’aubaine et assurer la pérennité du secteur en lui assurant
une croissance régulière. Après tout, l’énergie solaire n’a pas
vocation à rester éternellement sous perfusion d’aide publique, mais
doit le plus rapidement possible trouver son équilibre économique.
Ce n’est cependant pas en déclarant sans concertation deux
diminutions de tarif d’achat, un abaissement du crédit d’impôts et
un moratoire dans la même année qu’on arrivera à faire décoller le
secteur. Au contraire, avec cette décision stupide, on est en train
de l’enterrer. Et le Grenelle de l’Environnement avec, qui n’avait
pas besoin de ce nouveau coup en traître. Celui-ci n’aura pas
survécu au quinquennat qui l’a vu naître !
Loic Chauveau