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Rédactrice en chef : Dominique Martin Ferrari
Journaliste : Grace Daya
Images : Jérôme Debernardi, Nathalie Verdier
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 COPENHAGUE J-53
DES ETATS-UNIS AMBIVALENTS 

A moins de deux mois de l'échéance, les négociations sur le climat patinent. Si bien que l'on prédit désormais que Copenhague sera un échec. Le communiqué final de la session préparatoire de Bangkok le 9 octobre n'incite pas à l'optimisme. Le secrétaire exécutif de la convention des nations unies sur le changement climatique Yvo de Boer note des avancées sur la prise en compte des forêts dans les comptes nationaux des émissions de carbone et sur renforcement des mécanismes de développement propre. Le stockage de carbone des forêts et des sols est une question qui devrait se résoudre lors du congrès forestier mondial qui se tiendra du 18 au 25 octobre à Buenos Aires (Argentine). Mais l'essentiel résiste. L'essentiel tient dans les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre retenus par les pays développés et dans le montant des aides que les pays riches devront allouer aux pauvres pour financer leur développement sans émettre de carbone.

Les objectifs de réduction des émissions sont bien connus. Ils ont même été validés par le G8 qui s'est tenu en Italie en juillet. Pour éviter une hausse supérieure à 2° des températures mondiales, il faudra passer de 50 gigatonnes de CO2 émis actuellement, à 44 à 48 gigatonnes en 2020, 35 gigatonnes en 2030, 20 gigatonnes en 2050. Les pays en développement attendent des pays riches, historiquement responsables de la teneur actuelle de CO2 dans l'atmosphère, des engagements fermes. Ils le font en ordre dispersé. L'Europe s'est donné la première un objectif de réduction de 20% en 2020 qui sera porté à 30% en cas d'accord à Copenhague. Le Japon et l'Australie ont opté pour -25%, la Norvège pour -40%. Mais ces signes de bonne volonté ne sauraient suffire à faire oublier le manque d'allant des États-Unis, deuxième pollueur au monde derrière la Chine, mais premier responsable de la situation actuelle.

Les États-Unis ne proposent qu'une réduction de 7% par rapport à 1990. Barak Obama a beau être conscient de la responsabilité de son pays, il doit faire face à une forte opposition du congrès et de la Chambre des Représentants, pourtant dominée par les Démocrates. Englué dans l'interminable bataille sur le système de santé américain, l'administration d'Obama hésite à ouvrir un nouveau front sur le réchauffement climatique, alors que de nombreux élus démocrates issus de régions charbonnières n'entendent pas sacrifier l'emploi dans leurs circonscriptions à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. L'ensemble du territoire est cependant couvert par des plans de maîtrise de l'énergie, les villes américaines se sont fédérées pour coordonner leurs actions climatiques et la population commence à adopter des habitudes d'achat moins polluantes. Au premier semestre 2009, les Américains ont acheté plus de vélos (2,6 millions) que de voitures (2,5 millions) et les modèles achetés sont de plus petites cylindrées, selon une étude de l'Université du Michigan.

On retrouve cette même ambivalence sur l'aide aux pays en voie de développement et les transferts de technologie. Les États-Unis refusent de prendre des engagements sur ces questions ce qui amène les pays pauvres à menacer de faire capoter tout accord à Copenhague. Dans le même temps, les américains ont annoncé en août dernier des transferts massifs de technologie en matière d'énergie solaire vers la Chine pour un montant de 13 milliards de dollars. Depuis le début de l'année, 888 accords technologiques ont été signés entre les deux pays, soit une augmentation de 41% par rapport à 2008!

Ces échanges bilatéraux contredisent les postures adoptées dans les enceintes de l'ONU, comme si ces États se méfiaient de structures internationales en quête d'une "gouvernance mondiale". C'est aussi cela qui se joue à Copenhague.

 

Loïc Chauveau

 

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