Association Française pour
l’Information Scientifique
14, rue de l’Ecole
Polytechnique, 75005 Paris
Communiqué de presse du 20 janvier 2008
Le dossier de clause de sauvegarde sur le Mon810 est
scientifiquement vide.
Il faut restaurer l’intégrité scientifique dans l’élaboration
des décisions politiques.
Le dénigrement des experts issus de la recherche publique doit
cesser.
Pas de « doutes sérieux » mais au contraire un faisceau de
données théoriques et expérimentales conduisant à une
affirmation raisonnablement étayée : il n’y a aucun fondement
scientifique à l’activation d’une clause de sauvegarde sur la
culture du maïs Mon810 ; la déformation des conclusions
scientifiques à des fins politiques partisanes n’est pas
acceptable en démocratie : il faut restaurer l’intégrité
scientifique dans l’élaboration des décisions politiques ; les
attaques portées à l’intégrité et à l’indépendance des
chercheurs et experts de la recherche publique française doivent
cesser !
Telles sont les conclusions qui ont été tirées à l’issue du
colloque « Biotechnologies et Agriculture durable » organisé le
17 janvier dernier par l’Association Française pour
l’Information Scientifique (AFIS), et regroupant près de 150
personnes, en majorité des chercheurs.
Le dossier de clause de sauvegarde est scientifiquement vide
Tous les points soulevés dans l’avis sur la dissémination du
MON810, émis par le Comité de préfiguration d’une haute autorité
sur les OGM (dissémination, coexistence, biovigilance, sécurité
sanitaire, impacts sur la faune du sol, mise en œuvre de la
liberté de choix pour le consommateur comme pour l’agriculteur,
etc.) ont été présentés et discutés lors du colloque par des
scientifiques spécialistes de chacun des aspects concernés.
Contrairement à ce que le sénateur Jean-François Le Grand a cru
devoir conclure, il apparaît clairement que le dossier de la
clause de sauvegarde est scientifiquement vide. Non seulement
l’expression « doutes sérieux » ne figurait pas dans l’avis du
comité de préfiguration de la haute autorité sur les OGM mais
rien ne permet de les fonder : au contraire une « certitude
raisonnable » se dégage de l’innocuité sanitaire tout comme d’un
impact environnemental moindre du maïs résistant à la pyrale et
à la sésamie comparativement aux moyens chimiques de lutte
contre ces insectes ravageurs du maïs. De plus, la plupart des
faits présentés comme nouveaux ne le sont pas, il ne s’agit le
plus souvent que de confirmations. Quant aux faits vraiment
nouveaux publiés, ils ne résistent pas à une analyse
scientifique sérieuse ou ne concernent que marginalement les
aspects évoqués ; les études de terrain ne les confirment pas.
Les organisateurs ont décidé de mettre aussitôt que possible en
ligne sur le site du colloque (http://agribiotech.free.fr/)
l’ensemble des interventions et analyses ainsi que l’ensemble
des publications.
Il faut restaurer l’intégrité scientifique dans l’élaboration
des décisions politiques
Il est désormais bien établi que le sénateur Jean-François Le
Grand a délibérément utilisé les termes de « doutes sérieux » et
« d’effets négatifs », absents de l’avis du comité de
préfiguration de la haute autorité sur les OGM dans l’objectif
de mettre en œuvre un compromis politique scellé lors du
Grenelle de l’environnement et évoqué par le Premier Ministre.
Cette issue lamentable était déjà prévisible au constat du
démantèlement de la Commission du Génie Biomoléculaire
(constituée d’experts scientifiques de la recherche publique, et
présidée par un médecin) pour lui substituer une commission «
pluridisciplinaire » savamment pesée sur le plan politique et
dont la présidence était confiée à un parlementaire. La
confusion des genres est donc à son comble.
La manipulation politique des conclusions scientifiques à
laquelle s’est prêtée l’autorité publique ne connaît pas de
précédent dans la république française. C’est ce qui explique la
réaction, sans précédent elle aussi, de la communauté
scientifique : douze scientifiques sur quinze de la haute
autorité estimant publiquement avoir été trompés et trahis par
les conclusions du Sénateur Jean-François Legrand ; quarante
académiciens dénonçant la manipulation dans une lettre publique
; une mobilisation inégalée des chercheurs de la recherche
publique en soutien de la déclaration « Pourquoi faudrait-il
suspendre la culture du maïs OGM ? » qui, en l’espace d’un mois
a collecté 1200 signatures (http://nonaumoratoire.free.fr/ ).
Il convient que la future loi sur les organismes génétiquement
modifiés garantisse l’intégrité de l’expertise scientifique, en
restaurant la séparation entre ce qui relève de l’expertise
scientifique et ce qui relève de la prise de décision politique.
Le dénigrement de la recherche publique et des experts qui en
sont issus doit cesser !
Les manipulations politiques évoquées, de la constitution du
comité de préfiguration de la haute autorité sur les OGM
jusqu’aux conclusions du Sénateur Jean-François Le Grand se sont
déroulées sur un fond d’attaques portées à l’intégrité et à
l’indépendance des experts jusqu’à présent impliqués dans
l’évaluation des risques des Plantes génétiquement modifiées, en
particulier au niveau de la Commission du Génie Biomoléculaire
(CGB) et de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des
Aliments (AFSSA).
Ces attaques sont inacceptables et les citoyens français doivent
savoir que leurs experts signent des déclarations d’intérêt,
pour la plupart publiques, dans les instances nationales,
européennes ou plus largement internationales, déclarations qui
abordent non seulement les intérêts économiques mais aussi
intellectuels. Ces principes sont loin d’être respectés par ceux
qui dénigrent, à des fins partisanes, la recherche et
l’expertise publiques françaises ; beaucoup se parent
abusivement de compétences qu’ils n’ont pas pour s’exprimer en
militants, voire en citoyens, ce qui est respectable, mais doit
être considéré et surtout présenté comme tel !
Il convient donc d’arrêter de mélanger les genres pour manipuler
les instances et tromper les citoyens comme les autorités sur la
réalité des choses. Au vu des événements récents, au vu du
rapport présenté par Corine Lepage, au vu des déclarations
publiques de cette dernière comme du sénateur Jean-François Le
Grand, l’AFIS nourrit les plus grandes inquiétudes quant à
l’issue du processus qui s’engage avec la future loi sur les
organismes génétiquement modifiés.
Les ONG tout comme les prétendus organismes indépendants et
experts rattachés à ces ONG n’ont aucune légitimité
scientifique. L’expertise scientifique doit revenir à des
commissions composées de scientifiques nommés en fonction de
leurs compétences. L’AFSSA correspond à ces caractéristiques
tout comme la CGB y correspondait. Elles constituent le service
public de l’expertise scientifique. Il est plus qu’urgent de les
réhabiliter, plutôt que de laisse accroire que l’objectivité et
la neutralité viendraient de la confrontation avec des experts
autoproclamés indépendants. La démocratie est aussi à ce prix.
Enfin, la démocratie gagnera à ce que soit développée
l’information scientifique du public afin que chaque citoyen
puisse se faire, avec un éclairage honnête des enjeux, une
opinion éclairée et raisonnée.
L’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS)
regroupe des adhérents de toute origine et toute formation.
Elle est indépendante de tout intérêt privé et son orientation
est définie par ses seuls adhérents.
Le premier objectif qu’elle poursuit est d’informer sur
l’avancement des sciences et des techniques en éclairant de
façon active les choix de société dans l’optique de
l’amélioration des conditions d’existence des êtres humains. Le
second est de mettre en garde contre les fausses sciences et
l’exploitation de la crédulité. Le troisième enfin réside dans
la défense et la promotion de l’esprit scientifique en
illustrant de façon récurrente qu’il n’y a pas de meilleure
méthode que la méthode scientifique pour appréhender le réel
avec fiabilité et qu’il n’y a pas de meilleur outil que la
Raison pour poser de façon pertinente et résoudre avec succès
les problèmes qui se posent aux individus et aux collectifs
humains.
Ces postures sont celles du rationalisme scientifique.
L’AFIS publie la revue Science et pseudo-sciences, fondée en
novembre 1968, délivrée sur abonnement et chez les marchands de
journaux.
Elle dispose d’un site internet : http://www.pseudo-sciences.org