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A Koro, près de Bobo Dioulasso au sud du Burkina Faso, les
villageois ont l’habitude de soigner leurs dermatoses avec une décoction
d’écorce d’un arbre de la savane que la langue Moré nomme «Siiga», c'est-à-dire
«âme». Pour les scientifiques, Siiga s’appelle Anogeissus leiocarpus et
appartient à la famille des Combrétacées. Pour Olivier Marc, c’est aussi le
point de départ d’une belle histoire.
Olivier Marc est un biologiste versée en ethnopharmacologie, cette branche
scientifique très particulière qui s’intéresse aux remèdes traditionnels issus
de plantes, d’insectes ou d’animaux. Sous le double mandat de l’Institut de
recherche et développement (IRD) et de Dior, le chercheur a pour mission
d’écumer la savane pour recueillir les pratiques de soins en cours dans les
villages. C’est ainsi qu’il est tombé sur Koro: «dans ce village, les gens n’ont
pas besoin de guérisseurs pour savoir qu’une décoction de l’écorce de Siiga
réduit les démangeaisons, raconte Olivier Marc. Généralement, ils en boivent un
peu avant de s’en asperger tout le corps».
Le reste tient de la palabre. Il faut expliquer au chef de village que l’arbre
pourrait aussi servir aux «Nassaras», les blancs qui habitent dans les pays
riches, convaincre les autorités qu’il ne s’agit pas du pillage organisé d’une
richesse naturelle et assurer au contraire que l’exploitation de l’arbre peut
permettre de développer la région. En 1997, le premier kilo d’écorce atterrit
sur les paillasses de Dior.
Anogeissus leiocarpus recèle un ingrédient riche en dérivés de l’acide ellagique.
Cette molécule est efficace sur les fibroblastes, les cellules du derme
contenant le collagène. Depuis 2004, le produit est bon pour un service actif
dans les crèmes de soin. L’an dernier, une tonne et demie d’écorces de cet arbre
sauvage très commun a été exportée par le Burkina Faso. Outre une rentrée de
devises modeste mais imprévue, l’exploitation de la plante permet de payer 25
jeunes pendant un mois et demi, sans compter les cantinières et les artisans
chargés de construire les séchoirs.
L’exploitation de Siiga a réveillé l’intérêt pour les plantes. Un jardin
botanique pédagogique regroupant une centaine d’espèces végétales de la savane
attire les touristes vers Koro. Olivier Marc est, lui, sur une autre aventure
encore secrète: «une deuxième plante est actuellement étudiée par les labos de
Dior».
Loïc Chauveau
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